MOSCOU (Reuters) - Le marché automobile russe, qui semblait bien parti pour devenir le plus important d'Europe, est rattrapé à son tour par la crise financière
mondiale même s'il échappe toujours pour l'heure à une stagnation.
Certains des plus grands constructeurs mondiaux ont dévoilé, pas plus tard qu'il y a deux mois, des plans ambitieux pour augmenter de plusieurs dizaines de milliers leurs ventes de voitures cette année en Russie, mais sont maintenant contraints de revoir en baisse leurs prévisions de croissance.
Les concessionnaires russes ont toutefois constaté une forte demande en octobre, les automobilistes voulant à tout prix dépenser leur épargne dans quelque chose de concret.
Le traumatisme de l'effondrement du rouble, pendant la crise financière de 1998, est toujours très présent dans l'esprit des Russes, et nombre d'entre eux préfèrent cette fois dépenser leurs économies par anticipation pour ne pas courir le risque d'une nouvelle dévaluation.
Mais ces achats cash ne suffiront pas à alimenter une croissance durable sur un marché dont les fondamentaux, jusqu'ici très prometteurs, peuvent être remis en question par la crise financière et la menace d'une récession.
"Nul toute que tout le monde va devoir revoir ses objectifs de ventes", commente Ivan Bonchev, analyste chez Ernst & Young.
VERS UNE CROISSANCE TROIS FOIS INFÉRIEURE CETTE ANNÉE
Comme sur les autres marchés automobiles, le tarissement du crédit affecte les crédits auto en Russie, certains établissements ayant purement et simplement cessé d'accorder des prêts. La crise des financements a également entraîné la suspension de projets de chantiers à travers tout le pays, grippant la demande en poids-lourds et autres utilitaires.
Le principal constructeur russe d'utilitaires légers, GAZ Group, a dû se résoudre à quatre jours de chômage technique ce mois-ci en raison d'une chute de 10% des ventes de sa fourgonnette GAZelle, tandis que le constructeur de camions industriels Kamaz a annoncé son intention de réduire de 10% ses effectifs à cause de la crise.
"Nous n'allons plus connaître le type de croissance que nous avons eue ces trois dernières années. Celle-ci constituait une anomalie", a déclaré à Reuters Boris Aliochine, président du premier constructeur automobile russe AvtoVAZ. "Maintenant, même une croissance de quelques pour cents serait normale."
Selon l'Association des entreprises européennes, la croissance des ventes de voitures étrangères en Russie a atteint 20% sur une base annualisée en août, et 22% en septembre, deux fois moins que le boom de 40% observé l'an dernier.
"Nous n'avons plus de peine à suivre une demande trop forte (...) il y a moins d'activité (...) chez les concessionnaires", souligne à son tour Olga Sergueïeva, un représentant de la division russe de Renault.
Rolf, la première chaîne russe de concessionnaires, spécialisée dans la distribution de la marque Mitsubishi, a réduit les prix de l'ensemble de sa gamme le 10 octobre face à une chute de la demande - de 19% en août puis de 25% en septembre.
La moitié des voitures achetées cet été - avant la brusque aggravation de la crise financière - l'ont été à crédit tandis que la moitié des utilitaires et camions ont été acquis en location-vente, selon Bonchev. Il ajoute qu'on est maintenant sans doute tombé à 30%, voire moins.
Il en déduit que la croissance du marché automobile russe cette année ne dépassera pas les 20%, soit trois fois moins qu'en 2007 (+60% à 2,76 millions de voitures pour 53,4 milliards de dollars en valeur).
"L'an prochain, nous anticipons un taux de croissance de 5% pour le marché automobile", estime même Sergueï Soloviov, directeur financier de l'un des principaux concessionnaires du pays, Incom-Auto.
SOURCE: Reuters -- 23/10/2008 par Anton Doroshev
Version française Gilles Guillaume